Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 25 avril 2018

Le SN3G ?

© DCNS. "Pré-dimensionnement, volumes principaux." (p. 19)
La lecture de l'ouvrage La technologie des sous-marins d'Alain Bovis (Bayeux, Heimdal, 2016, 128 pages) est fort instructive : le propos est fort didactique et pédagogique. Il présente finement les enjeux technologiques autour de cet objet. Le livre contient aussi ce dessin assisté par ordinateur qui détonne. Un faisceau d'indices amène à poser la question suivante : serait-ce le SN3G ?

Dans un premier temps, Les droits d'auteur de ce dessin assisté par ordinateur appartiennent à l'entreprise française DCNS, héritière des arsenaux. La Direction des Constructions Navales (DCN) prenait un "S" (Services) en mars 2007 pour devenir DCNS (Direction des Constructions Navales et Services). Mais les arsenaux de Marine changent, une fois de plus, de nom en juin 2017 pour devenir Naval group. La fenêtre temporelle s'étalerait de 2007 à 2017. Toutefois, et en toute logique, il pourrait tout aussi bien s'agir d'une illustration plus ancienne qui aurait été "signée" DCNS et non pas, par exemple, DCN (2003 - 2007). La personne morale, même en changeant de nom, demeure la bénéficiaire des droits qu'elle détenait sous sa précédente appellation. Mais l'apparence graphique ne plaide pas pour une production trop ancienne...

L'ouvrage de distingue aussi par le choix de son iconographie qui mêle aussi bien des dessins assistés par ordinateur que d'authentiques photographies de sous-marins français et étrangers. Il est à retenir le choix des vaisseaux noirs hexagonaux, eu égard à la mention des droits d'auteurs de l'illustration ci-dessus. Dans le spectre des submersibles (SMX-25, SMX-26) et sous-marins français (SNA-NG Suffren, Scorpène, Marlin, Andrasta, SMX-24), il est remarquable qu'il s'agit presque de manière exhaustive d'études ou de productions très récentes. La plus ancienne est probablement le Scorpène. L'ensemble, très moderne, invite à considérer que le dessin sur lequel repose la présomption n'est pas plus âgé qu'un Scorpène. Et encore, ce serait presque trop vieux eu égard à son apparence graphique.

Qu'avons-nous sous les yeux ? La principale hypothèse est qu'il s'agisse d'un Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins (SNLE) : un bateau qui n'est jamais proposé à l'exportation et qui n'a jamais été exporté par aucun État. Serait-ce un SNLE-NG ? S'il existe des dessins assistés par ordinateurs des Triomphant peu ou pas du tout ont été versés au domaine public - contrairement au Suffren - et donc sont disponibles en sources ouvertes. Pourquoi avoir des dessins assistés par ordinateur de cette qualité, si cela n'était pas le SN3G ? DCNS signait ce dessin, c'est qu'il peut être présenté dans un cadre professionnel comme attestant soit de ce que l'entreprise peut produire comme études, soit sur quoi ses ingénieurs travaillaient à la parution ou après celle-ci de ce dessin.

Autre manière de s'interrogeait : depuis quand DCN/DCNS/Naval group communique au sujet d'esquisses de SNLE ? Il s'agit peut-être là d'un des objets autour duquel le contrôle des informations est des plus sévères. Il n'y a pas eu de "concept ship" français au sujet d'une manière de penser autrement les SNLE. Aussi, le chantier du SNA-NG Suffren est là pour témoigner la rareté des images et d'une communication très, très contrôlée. La dernière photographie en date est présentée comme ayant été prise en août 2017 et a été diffusée en avril 2018..

En prenant l'hypothèse que la borne temporelle proposée (2007 - 2017) soit la bonne, elle recouvre deux phases pour les SNLE français :
  • la fin du programme des SNLE-NG puisque Le Terrible a été admis au service actif en 2010 ;
  • les premières études du SN3G.
Il n'a jamais été officiellement question d'un quelconque projet de refonte et/ou reconstruction des Triomphant : bien au contraire, l'IAM51 concernait une adaptation progressive des SNLE-NG au M51 et, depuis, ils sont adaptés de manière incrémentales aux M51.1 et bientôt M51.2 (2025). Par contre, les études préparatoires au SN3G auraient débuté - au plus tard - en 2015 puisque l'ancien Président de la République, M. François Hollande, exprimait un des choix qu'il avait eu à faire sur ce dossier :
"J’ai donc fait en sorte aussi, s’agissant de la composante océanique, de lancer des adaptations futures du missile M51, pour permettre que le tonnage des futurs sous-marins reste très proche de celui nos Triomphant."
François Hollande, Président de la République, Discours sur la dissuasion nucléaire - Déplacement auprès des forces aériennes stratégiques. Istres, 19 février 2015.

La légende de l'illustration est alors à apprécier finement puisqu'il est dit qu'il s'agit du "pré-dimensionnement, volumes principaux". Cette étape de la conception des SNLE-NG commençait en 1981 et l'avant-projet sur lequel allait reposer l'essentiel de l'effort des études de conception était figé le 5 juillet 1985. Le point final des études était prononcé en 1993 alors que Le Triomphant était mis sur cale le 9 juin 1986, lancé le 26 mars 1994 et admis au service actif le 21 mars 1997 et devrait quitter le service à partir de l'année 2032.

Il est dit que la construction du SN3G débuterait en 2020. Par rapport aux dates du premier des SNLE-NG (Natacha Hochman, Pierre Quinchon et François Dupont, Le Triomphant, Paris, Perron, 1994, 264 pages) et en prenant pour point de référence la date projetée de mise sur cale (2020), cela voudrait dire que ses premiers choix architecturaux ont pu être arrêtés en 2006 (1981 pour les SNLE-NG), l'avant-projet retenu aurait alors été figé en 2011 (1985 pour les SNLE-NG). Le Sénat s'attendait, en 2012, à une telle étape pour l'année 2015 (Didier BOULAUD, Xavier PINTAT, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, Mmes Michelle DEMESSINE, Josette DURRIEU, MM. Jacques GAUTIER, Alain GOURNAC, Gérard LARCHER et Bernard PIRAS, L'avenir des forces nucléaires françaises, rapport d'information, n° 668 (2011-2012), commission des affaires étrangères et de la défense). La mise sur cale interviendrait 9 années plus tard par rapport au calendrier des Triomphant.

Deux hypothèses peuvent expliquer cette non-superposition des deux calendriers : la phase de définition des SN3G peut avoir débuté plus tardivement puisque la durée de service des SNLE-NG sera de 35 ans et non pas 25 ans pour les SNLE de la classe Le Redoutable. Cela serait cohérent avec la déclaration de François Hollande. L'autre hypothèse serait que pour lisser la charge financière de la programmation, les SN3G ont pu être décalé un peu dans le temps, leur conception tout aussi étalée afin de réaliser quelques économies et le calendrier le permettait peut être.
 
© Marine nationale. SNLE-NG.
© DCNS. "Pré-dimensionnement, volumes principaux." (p. 19)
L'agencement interne du bateau réduit les hypothèses puisque les seize silos ressemblent trait pour trait à des Tubes Lance-Missiles (TLM). L'ensemble de la perspective présente la majeure partie des choix architecturaux des SNLE-NG de la classe Le Triomphant : la position des barres de plongée sur le massif, celles à l'arrière, la pompe-hélice ou encore les localisations des ballasts. Même la disposition des TLM en deux soutes à missiles balistiques est une signature franco-française : aucun autre SNLE au monde - dans la limite de noms humbles connaissances - n'a adopté une telle disposition.

Mais six éléments architecturaux - au moins - émergent et distinguent ce bateau des Triomphant :

Premièrement, l'architecture entre coques hydronamique et épaisse se distingue mais elle très courante dans la construction navale des sous-marins. Par contre, les TLM dépassent plus de la coque épaisse sur le deuxième bateau que le premier. Les cloisons devraient logiquement permettre de bien apprécier le diamètre de la coque épaisse. Aucune tranche réacteur n'est apparente mais sa localisation ne peut qu'être à l'arrière. Le tonnage du SN3G serait légèrement supérieur à celui d'un SNLE-NG. A moins d'obtenir plus de puissance pour un réacteur K15 moins haut, le diamètre de la coque hydronamique serait donc supérieur à 12,5 mètres en raison d'une plus grande hauteur des TLM.

Le deuxième élément est le massif qui semble, au choix, soit plus allongé, soit moins haut - ou les deux. Une autre hypothèse serait que le pont missiles soit plus haut sur ce dessin que sur les SNLE-NG et cela expliquerait l'apparence d'un kiosque plus ramassé, petit. Et ce serait corroboré par des TLM qui peuvent être appréciés comme plus haut que sur Triomphant. D'une autre manière, l'intégration de mât non-pénétrants pourrait expliquer le besoin d'un massif moins haut. En tous les cas, le pied du massif est à peine plus prononcé que sur les SNLE-NG sans sembler l'être autant que sur les Suffren.

Troisième élément, la distance entre le massif et les deux premiers TLM est plus grande entre sur le dessin présenté et supposé être celui du SN3G que sur l'écorché des SNLE-NG. Cela pourrait indiquer un bateau légèrement plus long de 4 à 6 mètres. Dans le même ordre d'idées, il semblerait que la partie à l'avant du massif soit aussi légèrement plus longue. Les points de repères sont trop peu nombreux pour en juger finement. Mais il n'est pas à exclure qu'il y ait, là aussi, 2 à 6 mètres supplémentaires.
Quatrième élément, la partie arrière comprenant la propulsion du bateau est peut être plus ramassée. La distance allant des deux derniers TLM jusqu'à la pompe-hélice sont un peu plus courte. C'est assez difficilement comparable entre l'écorché et l'esquisse mais c'est comme si l'équivalent de la tranche réacteur avait été économisée en longueur.

Cinquième élément est la disposition des Tubes Lance-Torpilles dans l'axe et le centre de l'avant du bateau. Ils sont latéraux sur les SNLE-NG. Seuls les Suffren ont, en France, une telle disposition depuis la disparition des classiques. Ce qui amène à observer autour de cette caractéristique du dessin que le dôme du sonar est plus effilé, légèrement plus pointin qu'un SNLE NG.

Sixième élément, et toujours dans la tranche avant : le sonar présenté en bleu n'est pas sphérique mais demi-sphérique. Il s'étale dans la partie inférieur du dôme sonar, à la manière, encore une fois, des Suffren. Ce n'est pas aussi visible mais six bandes du même bleu s'étalent le long de la coque : il s'agirait là des sonars aux antennes conformes le long de la coque.


SNLE-NG
classe Le Triomphant
SN3G
classe ?
Mis sur cale
9 juin 1986
2020 ?
Lancé
26 mars 1994
2028 ?
Admission au service actif
21 mars 1997
2031 ?
Tonnage (tonnes)
14     200
> 15 000 ?
Longueur (mètres)
138
142 - 155 ?
Largeur (mètres)
12,5
13 - 14 ?
Système d’Arme de Dissuasion
16 M51.3
16 M51.4 ?
Tubes Lance-Torpilles
4
4 ?
Armes tactiques
18 armes
F17 mod 2
SM39 mod 2
18 ?
F21
FMAN/FMC version sous-marine ?
Équipage
2 x 110
2 x ?
Revêtement anéchoïque
Massif
Massif ?
Plus ?
Réacteur
K15
Évolution K15 ?
Propulsion (MW)
30,5
Groupe turbo-réducteur
30 à 34 ?
Moteurs-électriques ?
Vitesse (nœuds)
25
25 ?

S'il n'est pas possible d'affirmer : oui, il s'agit bel et bien du SN3G, ce dessin assisté par ordinateur accompagné par sa légende et présenté comme une production DCNS est fort troublant. Il répond parfaitement à l'image, aux caractéristiques techniques que certains peuvent se faire du SN3G à partir des quelques éléments d'ores et déjà dévoilés : c'est-à-dire une évolution des SNLE-NG de la classe Le Triomphant sans ruptures techniques et technologiques là, où, il y avait eu de très nombreux changements entre les Redoutable et les Triomphant. Devons-nous nous attendre à la présentation d'une maquette à Euronaval (octobre 2018) ?

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