Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 31 août 2013

Fin du monde en Syrie

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Thibault Leroy nous propose un papier sur la situation actuelle en Syrie. 
 
Interviendront-ils ? N’interviendront-ils pas ? Avec qui ? Pour quoi ? On spécule, c’est médiatique, sur la décision des Occidentaux d’intervenir en Syrie à la suite de l’utilisation de gaz Sarin, le 21 août. Les cabinets américains et européens, incapables de s’entendre avec les Russes et de faire avancer le dossier au Conseil de sécurité, ont opté en parallèle pour un discours beaucoup plus menaçant, laissant craindre ces derniers jours une intervention rapide et ciblée.
 
Le conflit en Syrie est à plusieurs échelles. D’un point de vue local, il met aux prises les forces gouvernementales de Bachar al-Assad à un patchwork de forces « insurgées » : combattants de l’Armée Syrienne Libre, Front Al-Nosra qui regroupe des combattants islamistes, Kurdes. La militarisation de l’opposition, le peu d’informations sur l’emprise réelle du Conseil national syrien, le poids des Syriens de l’extérieur et l’accroissement des réfugiés – ils sont 700 000 au seul Liban – sont autant d’éléments qui encouragent la dynamique centrifuge de la guerre civile syrienne. Même la disparition d’al-Assad demain ne répondrait pas au défi politique posé à l’opposition, le jeu de la révolution n’étant pas à somme nulle. A l’échelle régionale, la déstabilisation du Proche-Orient dessine un tableau en arcs électriques : la plaie demeure ouverte en Irak, toujours victime d’attentats meurtriers ; l’élection de Rohani en Iran n’a pas envoyé de signes tangibles d’un renoncement à son programme nucléaire ; surtout, le Hezbollah intervient aux côtés de Damas dans la guerre civile, tandis que les Israéliens et les Turcs ont vigoureusement réagi aux retombées sur leurs frontières de tirs perdus. Si l’incendie menace de se propager, la balkanisation du Levant est en tout cas à un stade avancé. L’instabilité régionale suffit à dissuader les Etats-majors d’une intervention précipitée, d’autant plus si elle est orchestrée par un axe Occidental loin d’être désiré et lui-même refroidi par ses expériences délicates, en Irak, en Afghanistan et même en Libye.
 
De quelle légitimité peuvent-ils en effet bénéficier ? Les Britanniques se sont appuyés sur l’article VII de la charte de l’ONU lors de la réunion du Conseil de sécurité. Il prévoit, en des termes imprécis, la possibilité d’une intervention de la communauté internationale si un Etat se révèle incapable de protéger sa population civile, et a fortiori s’il se montre coupable de crimes envers elle. Les vetos russe et chinois, prévisibles, ont bloqué l’initiative. Pékin et Moscou s’attachent-ils à de quelconques avantages stratégiques dans la région, négociés avec l’équipe au pouvoir à Damas ? Ou ne s’agit-il pas plutôt, pour eux, de ne pas laisser passer une nouvelle Libye ? Les deux grands émergents peuvent craindre que les Occidentaux aient des buts de guerre cachés en Syrie, et ne souhaitent pas une nouvelle fois les laisser gendarmer le monde selon leurs intérêts.
 
L’ordre des choses aurait voulu que l’issue de la crise syrienne se décide entre diplomates, et la clef se trouvait sans doute à Moscou bien plus qu’à Homs. Ce serait avec un cahier des charges politiques vide que les frégates américaines auraient frappé la Syrie. Sans frein, sans fin, les armées occidentales n’auraient-elles pas été entraînées, une nouvelle fois et malgré elles, dans une violente escalade ? L’issue incertaine n’est certainement pas celle des combats, dont la supériorité mécanique américaine décidera facilement, mais celle de la sortie politique, imprécisée par les gouvernements. Le conflit Syrien ressemble étrangement aux conflits post-guerre froide, du Golfe à la Yougoslavie. Ils nous ont montré qu’on ne décide pas arbitrairement de l’avenir politique d’une nation. La subtile organisation des sociétés n’obéit pas aux lois physiques de la guerre, mais à une chimie instable et dangereuse. Les interventions occidentales des vingt dernières années, policières et justifiées par la morale – mais quelle morale ? –ont été pensées comme un devoir de conscience, mais vécues sur le terrain comme des ingérences contre-productives. Il faut se garder de l’impéritie d’un bellicisme angélique. Il faut accepter une complexité inédite. Le nouvel ordre international ressemble bien à cette « a-polarité » dont l’a qualifié le ministre Laurent Fabius, bien plus qu’une multipolarité organisée entre quelques puissants. L’ancien monde tarde à mourir, le nouveau tarde à paraître : de cette formule de Gramsci, interrogeons-nous sur la Syrie, qui pourrait être le départ d’un nouvel état du monde.
 
 
 Thibault Leroy, doctorant en Histoire, Université Paris 1.

jeudi 29 août 2013

Les six porte-avions de l'étude du 20 juin 1945

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© 1940 - Et si la France avait continué la guerre ?

 

Le Comité de Défense nationale décide, le 2 octobre 1944, d’entreprendre l’examen de la composition des forces armées d’après-guerre (Diplomatie et outil militaire, pp. 389 et s., Jean Doise et Maurice Vaïsse, cité in Vers une Marine Atomique – La Marine française (1945-1958) par Philippe Quérel).

 

La Marine s’y attèle par la production d’une série d’études et de projets. Le vice-amiral Lemonnier, chef d’état-major général de la Marine, remet ainsi à Louis Jacquinot, secrétaire d’Etat à la Marine, un rapport intitulé « Statut naval d’après-guerre », suivi le 28 juin par un projet d’ordonnance.  Par la suite, le 4 juin 1945, le même Comité de la Défense nationale prend une série de décisions concernant l’organisation future des forces armées. La Marine doit établir ainsi un « Projet de Réarmement Naval et Aéronavale » pour la période du 1er juillet 1945 au 31 août 1946. A cette date, il s’agit autant de réorganiser la Défense nationale que de poursuivre la Guerre contre le Japon, de protéger les voies de communication, notamment celles avec l’Empire, d’assurer la police dans les eaux de celui-ci et d’apporter son concours à une force internationale.

 

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© Inconnu. Le Béarn à la mer peut être au cours de ses essais de vitesse (cliché cité et commenté par Clausewitz sur Marine Forum).

 

Le pivot  de cette organisation sera une Force d’Intervention constituée (note page 48) de :

  • 2 cuirassés,
  • 4 porte-avions de combat,
  • 6 porte-avions d’escorte,
  • 12 croiseurs  (6 lourds, 6 légers),
  • une trentaine de torpilleurs ou escorteurs rapides,
  • une trentaine de sous-marins océaniques.

Il faudrait donc une Marine de 400 000 tonnes (contre près de 800 000 avant guerre !), dont 150 000 tonnes de porte-avions (quatre de 23 000 tonnes et six d’escorte –page 49). Ces derniers doivent permettre de constituer deux task forces, échelle d’organisation des forces navales héritée de la guerre du Pacifique, entre autre.

 

D’une manière ou d’une autre, nous arrivons au projet de doter la Marine de 6 porte-avions d’ici à 1950 pour lequel le contre-amiral Barjot s'est illustré. Le Conseil supérieur de la Marine propose, via une étude de juin 1945, une Flotte armée de six porte-avions pour 1950. Cette proposition a suscité bien des polémiques sur son caractère réaliste au lendemain de la seconde guerre mondiale. La Marine était à reconstruire, mais la France également.

 

Pourtant, dès la fin de la guerre en Europe, l’état-major général de la Défense nationale tire les leçons du conflit :
« Quatre ans de guerre aéronvale ont montré que le navire porte-avions ne devrait pas être considéré comme un auxiliaire mais comme une pièce maitresse d’une flotte »
(SHM, 3BB8/C.S.M. ; Etude sur le programme d’aviation navale. Paris, 20 juin 1945. Origine ; E.M.G.D.N. – page 55).

L’EMG de la Défense nationale prend même soin de ne pas répéter les terribles erreurs commises par les italiens et les allemands de laisser leurs armées de l’air contrôler tout ce qui vole, et ainsi priver leurs marines de tout développement aéronaval : aussi bien basé à terre qu’embarqué ! C’est pourquoi l’Aquila (arrivé tardivement celui-ci) et le Graf Zeppelin ne prendront pas la mer pour des missions opérationnelles, ni que les U-Boat disposeront de suffisamment d’heures de FW-200 Condor.

Et donc, l’EMG de la Défense nationale, c’est-à-dire une structure inter-Armées qui a vécu la seconde guerre mondiale, affirme :

« Un programme sain d’aviation navale doit être fondé sur le navire porte-avions ».

 

Sous-entendu, il faudrait croire que l’EMGDN n’a pas du tout était convaincu par le concept de « porte-avions terrestre », tel que la Sicile ou les îles japonaises, sur le plan opérationnel. Cette forte déclaration d'amour au porte-avions n'empêchera nullement que la France se retrouve sans porte-avions moderne, au final.

 

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© 1940 - Et si la France avait continué la guerre ?


Dans Le Béarn et le Commandant Teste (Jean Moulin, Lucien Morareau et Claude Picard, Marines éditions, page 160-161), il est posible d'avoir le détail des six navires projetés en 1945. C'était loin d’être hors de portée des moyens de l’époque. Il ne s’agissait pas de construire six navires neufs, mais bien de refondre les survivants de la guerre.

 

Cette étude propose donc une flotte de six porte-avions, tel que :

-          le Béarn (2 flottilles, premier porte-avions français),

-          le Dixmude, (1 flottille, porte-avions d’escorte donné à la France par les Alliés),

-          le Commandant Tete (1 flottille, ex-porte-hydravions),

-          le Duquesne (1 flottille, ex-croiseur), 

-          le Tourville (1 flottille, ex-croiseur),

-          le Jean Bart (3 flottilles, ex-cuirassé).

 

Seuls les porte-avions et hydravions Béarn et Commandant Teste survivent à la seconde guerre mondiale. Les Joffre et Painlevé, mis sur cale, sont définitivement abandonnés. Il n'a pas été trouvé de commentaires sur la refonte envisagée du Béarn pour qu'il redevienne un porte-avions.

 

Le Dixmude entre en service dans la Marine nationale dès 1945, prêté par les alliés.

 

Il est à noter que même la refonte du croiseur de batailles Strasbourg en porte-avions fut étudié par le Conseil supérieur de la Marine mais rien n'est dit sur ce qu'il est envisagé, pas même le nombre de flottilles.

 

Pour le Commandant Teste, les travaux doivent conduire à lui conférer un pont d'envol continu de 166,50m de long pour 25,30m de large. Le hangar aurait eu une hauteur de 7,30m. Le navire aurait été prêt dès 1948 selon les estimations de l'époque.

 

La question de la conversion des croiseurs Tourville et Duquesne n'est pas nouvelle. Un ouvrage y faire référence (Les porte-avions Foch et Clemenceau, Jean Moulin, Marines éditions, page 18). Dès l'entre-deux-guerres, il nous est dit que dès 1935 cette refonte des deux unités est envisagée. Il leur est reproché un manque presque total de protection. Quatre formule de refonte sont alors proposées selon que le navire conserve (solutions 1, 2 et 4) :, ou non (solution 3), l'artillerie de 203mm. La capacité devait être de 12à 14 avions.

 

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© Inconnu.

 

Finalement, de juin 1945 à la fin de cette année, toutes ces conversions sont peu à peu abandonnées faute de budgets et probablement d'infrastructures. Au lieu des six navires projeté par le Conseil supérieur de la Marine, le Dixmude sera complété par l’Arromanches (1946) et le La Fayette (1951).

 

Ce projet était loin d’être farfelu. Il s’agissait de refondre des navires existants. A titre d’exemple, la conversion du Commandant Teste était estimée à 720 millions de francs alors que la construction d’un porte-avions d’escadre moderne est donné pour 4 à 5 milliards de francs. Sur le plan financier, il n’aurait pas été illogique de soutenir la reconstruction des arsenaux et des chantiers privés par de tels contrats.

 

De plus, cette flotte de porte-avions projetée était constituée en son écrasante majorité de porte-avions légers (hors Jean Bart donc). Ces navires sont particulièrement adaptés à l’escorte des convois, et la France, bientôt engagée dans l’OTAN, se prépare à cette mission essentielle.


C’est également en raison de l’absence de porte-avions que le Richelieu, après avoir assisté à la signature de la capitulation japonaise en baie de Singapour, est envoyé en Indochine pour prêter main forte lors de la reconquête de la colonie. Par la suite, ce sont tous les porte-avions disponibles en France qui iront soutenir les troupes au sol. Dans cette configuration, la mobilité du navire associé à son invulnérabilité en mer face à une guérilla dépourvue de moyens navals en feront des plateformes intéressantes pour soutenir tout mouvement de troupes.

 

Qui plus, ces six plateformes n’auraient pas été de trop pour accompagner la synthèse de l’art de la guerre amphibie de la seconde guerre mondiale et de l’apparition de l’hélicoptère sur les champs de batailles (en Indochine pour la France). Les anglais mettent ainsi en service des « commando carrier » et les américains des LPH (le Guam étant le premier ex-CVE à être ainsi refondu).

 

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© Compagnie des Arts Photographiques - Paris. Carte postale du Commandant Teste dans les années 30 avec au premier plan un hydravion Gourdou-Lesseure GL 812/813.

Un peu plus loin encore, c’est également de porte-avions que la France manquera pendant la crise de Suez (1956), et surtout d'un porte-avions « moderne » : c’est-à-dire apte à mettre en œuvre des avions embarquée à réaction. C’est pourquoi il est étonnant que le Conseil supérieur de la Marine en 1945 ne se penche que sur la seule conversion du Jean Bart en porte-avions, seul navire ayant la taille suffisante pour être dotée des nouvelles avancées de l’aéronavale à venir (piste oblique et catapultes). De la même classe de ce cuirassé, il y avait le Richelieu et le Clemenceau (dont seule la coque était construite).

 

La Marine n’eut pas d’autres choix que de compter sur le bon vouloir des Alliés pour lui prêter, louer ou données des navires qu’ils avaient en trop. Ainsi, les Dixmude, Arromanches et La Fayette seront complétés par le Bois Belleau (1953, sistership du La Fayette). Tous ces navires seront remplacés par les Clemenceau (1961) et Foch (1963). Entre temps, la Marine nationale est demeurée sans plateforme aéronavale moderne de 1939 (avec le porte-avions Béarn) jusqu’à 1961.

 
Au final, la Marine proposait que la France se dote de six plateformes aéronavales (1 lourde et 5 légères) d’ici à 1950. La seule possession du porte-avions Jean Bart aurait évité à Paris son embarras de compter sur la seule aéronavale de la Royal Navy pour entrer en premier sur le théâtre de l’opération Mousquetaire (intervention de Suez, 1956). Le fait de compter sur des navires franco-français auraient peut être inciter à réaliser les travaux nécessaires pour adapter les porte-avions légers à la guerre aéroamphibie et le lourd à la guerre aéronavale moderne.

mardi 27 août 2013

Projet de conversion du Jean Bart en cuirassé lance-missiles

© Inconnu. Représentation d'artiste d'un Kentucky lance-missiles, projet assez similaire à ceux de la Royale.


Le regretté Alain Guillerm glissait rapidement dans l’un de ses ouvrages – La Marine de Guerre moderne – 1915-2015 - qu’il avait été dommage que la Marine nationale n’ait pas eu les budgets nécessaires à la conversion du Jean Bart en cuirassé lance-missiles. 

lundi 12 août 2013

Les hydrocarbures non-conventionnels et les instrument de la puissance

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© 2008 Daniel Bechennec - Tous Droits réservés. Cuirassé "DREADNOUGHT" Royal Navy (1906).
 
Le débat sur les gaz de schistes bat son plein en Europe (au moins) et il pose légitimement des questions. Surtout qu'il y a des questions d'une incroyable portée géopolitique à poser. C'est pourquoi il peut être intéressant de rappeler quelques faits à ce sujet, de manière très synthétique. Et d'enchaîner avec la question qui se pose à bien des stratèges, de chambre ou en activité : faut-il en être ?
 
Depuis que la décision a été prise aux Etats-Unis de lancer l'exploitation de ces ressources, un demi-million d'emplois aurait été créé. Ne pas oublier non plus le retour d'industries aux Etats-Unis, autrefois délocalisées : serait-ce à cause de ce phénomène que les exportations chinoises baissent structurellement ? Il faut dire que le coût du gaz aux Etats-Unis est plusieurs fois inférieurs à son prix d'achat en Europe ou en Asie : pour certaines industries, c'est Byzance. Mieux encore, Washington deviendrait auto-suffisant sur le plan énergétique vers 2035.
 
Ce qui reviendrait à souligner que si le pays prenait bel et bien cette voie de l'auto-suffisance alors les rapports politiques ne seraient plus les mêmes avec le Moyen-Orient. Cela serait un nouveau cap stratégique alors que les Etats-Unis poussent à des réformes sociales dans le Golfe. Sans compter que l'on reparle d'un possible changement d'alliance entre Washington et Téhéran, en défaveur de Riyad.
 
Mais le coût environnemental de cette industrie serait très lourd puisqu'il faudrait accepter que des zones, des territoires entiers soient suffisamment pollués pour ne plus permettre la consommation des ressources locales en eau douce ou la poursuite de l'exploitation agricole de ces terres. Ce n'est pas rien pour un pays comme la France où les réserves de gaz de schiste seraient dans le bassin parisien, bassin agricole par excellence.
 
En résumé, les Etats-Unis gagneraient de nouvelles libertés de manœuvre sur la scène internationale (n'est-ce pas le rôle de la stratégie ?) à la suite d'un choix stratégique tranché (ils ont accepté de choisir avec ses gains et ses risques).
 
http://s2.lemde.fr/image/2012/12/21/534x0/1809353_5_31e3_principaux-bassins-de-gaz-de-schiste-jaune-et_bb146e90374607221690256388339781.jpg 
© AIE. Principaux bassins de gaz de schiste (jaune) et de gaz de houille (vert) en Europe.
 
Autres exemples, c'est celui des gisements d'hydrocarbures non-conventionnels estimés, espérés en Europe. Il n'y a pas besoin d'être grand clerc pour se rendre compte que sur la période 2030-2050 la hiérarchie européenne pourrait être bousculée : Hongrie (!), Roumanie, Pologne et Etats Baltes sont plutôt bien pourvus, tout comme la France, l'Allemagne et l'Angleterre (mais aussi l'Ecosse...) et le Benelux.
 
Dès lors, il y aura une différence sur la scène internationale : ceux qui en seront et les autres. A l'heure qu'il est, personne ne parvient à se passer des énergies fossiles, et encore moins de la promesse d'une énergie peu coûteuse.
 
Ce n'est pas la première fois que les Etats sont confrontés à de véritables dilemmes face aux valeurs de leur société, à leurs orientations historiques face à la mer ou à leurs réticences face à certaines activités humaines.
Rapidement, on peut par exemple citer le cas de la mer. L'Europe se retrouve confrontée à l'explosion du commerce maritime, et surtout du commerce océanique. Même pour les grandes découvertes il fallait en être pour peser sur la scène internationale. L'idée fait son chemin en Europe (elle l'avait déjà fait pendant l'Antiquité en Grèce) que pour protéger le commerce maritime d'une nation il faut une marine. C'est donc pour cela que Richelieu déclare que pour "tenir son rang" la France doit être présente sur les mers : il lance donc le chantier d'une grande marine de guerre, violent changement impulsé depuis le haut !
 
La colonisation, à ses différentes époques, s'imposent aussi aux sociétés européennes, puis mondiales. Ce n'est pas un débat simple, et pour les nations qui ont l'ambition de compter sur la scène mondiale, il doit être abordé. En effet, depuis que l'Europe investit toutes les mers du globe il se mène une "guerre de positions" pour conquérir de nouveaux territoires pourvoyeurs en matières premières (mêmes humaines). C'est dans la droite lignée du développement des marines de guerre.
 
On pourrait également citer le rôle de l'art dans les instruments de la puissance puisque tout ces voyages européens et ces guerres de conquête s'accompagnent régulièrement de pillages pour garnir les maisons européennes. Quand ce ne sont pas les pays européens eux-mêmes qui se concurrencent artistiquement : rivalités franco-italiennes, classicisme français, utilisation de l'art baroque, etc... La conquête de l'influence, du prestige par l'art faisait, déjà, l'objet d'une guerre des cerveaux.
Mais il est aussi possible de citer la (première) guerre de l'or noir, au tout début du XXe siècle. La société Technip (qui vient de signer un contrat de plus d'un milliards d'euros au Brésil) est née de l'exploitation pétrolière française en Roumanie (où ses deux créateurs inventèrent l'étude des sols par utilisation d'un courant électrique). C'est en Irak que français, allemand et anglais mènent une guerre de position larvée pour les premiers gisements. Mais c'est en raison de la création du HMS Dreadnought (1906) et du choix de la turbine à vapeur Parson (alimentée en charbon et au pétrole) que Londres exploite les gisements d'Iran1.
 
Il y eu également l'aventure du nucléaire qui commencent par les premières recherches sur la radioactivité jusqu'à la course à la bombe qui commence bien plus tôt que le projet Manhattan aux Etats-Unis. De même, il est assez intéressant de relire que la Suède était candidate à la bombe, par exemple. Le nucléaire militaire est un instrument de puissance. Mais le nucléaire civil aussi puisqu'il est la promesse d'une énergie peu coûteuse et abondante. Le regain d'intérêt pour les réacteurs au thorium est la promesse d'une nouvelle indépendance pour certains Etats (dont l'Inde).
 
La course à l'Espace était beaucoup plus consensuelle mais tout aussi importante. Il fallait en être (la France troisième puissance spatiale de l'Histoire) pour bénéficier des avantages stratégiques considérables pour le développement des télécommunications, de l'observation de la Terre, l'exploration spatiale et l'arsenalisation de l'Espace (un jour).
 
Ces quelques exemples sont là pour rappeler que les sociétés humaines ont eu au cours des cinq derniers siècles à choisir s'il fallait ou non être de telle ou telle aventure. Le choix s'apparente souvent au prix à payer pour participer à "une guerre de positions" : impossible de compter si l'on n'a pas les matériaux pour le faire. C'est-à-dire qu'il faut au moins investir pour investiguer le nouveau secteur de développement afin de pouvoir apprécier de quoi on parle (de l'autonomie de décision ?).
 
Les ressources ou les instruments militaires permettent de développer un pays comme ils permettent de préserver ce qu'il est. Tout investissement présente des gains et des pertes : mettre quelques billets dans un projet implique de ne pas les mettre ailleurs, et pire, de dévaloriser une autre position. C'est sous cet angle que l'on peut aussi aborder la question des hydrocarbures non-conventionnels. Ils peuvent s'ajouter à la longue liste des instruments de puissance d'un Etat.
Enfin, remarquez que bien des instruments de puissance, si ce n'est la totalité, nécessite l'intervention directe de l'Etat pour les construire ou au moins encadrer leur exploitation et/ou assurer la sûreté des approvisionnements.
 

1 A ce propos, Joseph Henrotin apporte une correction sur la page Facebook d'AGS : "Attention les p'tits loups lorsque l'on dit "Mais c'est en raison de la création du HMS Dreadnought (1906) et du choix de la turbine à vapeur Parson (alimentée en charbon et au pétrole) que Londres exploite les gisements d'Iran". La première découverte iranienne, c'est Masjid I Suleiman, en 1908. Surtout, les discussions britanniques sur les choix de carburant interviennent après le Dreadnought".
 

samedi 10 août 2013

Loi de programmation militaire et Marine Nationale - Une flotte resserrée frappée de sénescence

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© DCNS. SNA de classe Suffren.
 
Pascal Ramounet, qui a déjé écrit sur le Fauteuil et proposé à l'occasion un nouveau format pour l'Armée de Terre, nous livre un premier jet de ses réflexions sur la nouvelle LPM.
Certains considèrent que le projet de LPM proposé par le ministre de la défense réussit à éviter le pire en préservant les fondamentaux de la défense nationale.
 
Il m’est d’avis que tel n’est pas le cas. La nouvelle LPM poursuit une longue descente aux enfers et assène un nouveau coup de poignard à l’industrie de la défense à l’heure du redressement productif proclamé.
 
Le choix entre le nombre et la qualité qui a fait récemment débat dans le presse spécialisée, trouve ici un épilogue sans appel: Il n’y aura ni le nombre ni la qualité.
 
Je me limiterai dans ce blog à quelques exemples relatifs à la Marine nationale, considérée pourtant comme l’arme la moins touchée par les mesures d’économies budgétaires annoncées.
 
Il s’agit de trois programmes majeurs dont le calendrier est de nouveau étiré au delà du point de rupture.
 
Le programme FREMM qui devait à son origine concerner 17 frégates, format réduit à 11 unités par le livre blanc de 2008, se voit de nouveau amputer, pour atteindre à l’horizon 2019, 8 unités livrées, dont deux anti-aériennes.
 
Bien sur l’acquisition des 3 derniers bâtiments est évoquée, avec quelque réserve, pour l’après 2019……… Au rythme de construction d’une unité tous les 14 mois, la livraison très hypothétique du dernier bâtiment serait repoussée à 2025  (cf dossier de Mer et Marine).
 
Dans la réalité, cela veut dire, que le format de 11 frégates multimissions (FMM) modernes est de la poudre aux yeux.
 
De 2013 à 2020, le format réel de la Marine Nationale sera dans la meilleure des hypothèses, de 7 frégates ASM, dont 1 agée de plus de 30 ans.
 
Nous serons ainsi passés de 17 exemplaires jugés nécessaires à 7 exemplaires jugés suffisants.
 
Si l’on tient compte d’un taux de disponibilité compris entre 60 et 70%, la Marine nationale ne sera en mesure de mobiliser que 4 frégates ASM dans la période 2013 - 2020.
 

situation 2013 situation 2020
Nom
Mise en service
Age en 2013 en années Nom Mise en service Age en 2020 en années
D 641 DUPLEIX 1981 32 D 646 LATOUCHE TREVILLE 1990 30
D 642 MONTCALM 1982 31 D 6... AQUITAINE 2013 7
D 643 JEAN DE VIENNE 1984 29 D 6... NORMANDIE 2014 6
D 644 PRIMAUGUET 1986 27 D 6... PROVENCE 2016? 4
D 645 LA MOTTE PICQUET 1988 25 D 6... LANGUEDOC 2018? 2
D 646 LATOUCHE TREVILLE 1990 23 D 6... AUVERGNE 2019? 1
D 6... AQUITAINE 2013 0 D6….ALSACE 2020? 0
 
On se doit d’observer, que la responsabilité de cette situation ne peut être imputée au ministre de la défense actuel qui doit gérer, comme il peut, un héritage particulièrement lourd. L’application stricte du projet de LPM permettra au moins de rajeunir considérablement une flotte actuellement en décrépitude.
 
Le programme de SNA de la classe BARRACUDA est encore plus caricatural.

Si la mise en service du premier de série, le SUFFREN, est maintenue en 2017, la livraison de son sistership a été repoussée d’un an. Elle n’interviendra qu’en 2020, ce qui nous donne le tableau suivant :
 

situation 2013 situation 2020
Nom Mise en service Age en 2013 en années Nom Mise en service Age en 2020 en années
S 601 RUBIS 1983 30 S602 SAPHIR 1984 36
S602 SAPHIR 1984 29 S603 CASABIANCA 1987 33
S603 CASABIANCA 1987 26 S604 EMERAUDE 1988 32
S604 EMERAUDE 1988 22 S605 AMETHYSTE 1992 31
S605 AMETHYSTE 1992 21 S606 PERLE 1993 30
S606 PERLE 1993 20 S... SUFFREN 2017 3
 
En 2020, 5 des 6 SNA auront plus de 30 ans !

La comparaison avec la grande Bretagne, dont la politique de défense est pourtant décriée, est saisissante : Il est prévu, en 2020, que 6 des 7 SNA de nouvelle génération auront été livrés.
 
Le troisième exemple concerne les vaillants Atlantique 2
 
La Marine nationale dispose de 27 Atlantique 2 (ATL2) livrés de 1989 à 1997, qui sont donc âgés de 16 à 24 ans.
Selon la LPM, 15 d'entre eux sont destinés à être rénovés (radar, système électro-optique, moyens d'écoute, dont des bouées acoustiques numériques...) et 4 seront versés, en l'état à la surveillance maritime.

Parmi les 15 ATL2 destinés à être rénovés, 4 le seront avant 2020, en l'occurrence entre 2018 et 2019.
 
Ici encore, cela veut dire, dans l’hypothèse d’un taux de disponibilité de 70% (à vérifier) que dans la réalité, la MN ne sera capable de mettre en œuvre de façon simultanée, que 3 avions modernes de lutte anti-sous marine en 2020.
 
Les avions de patrouille maritime sont pourtant cruciaux pour la protection des approches maritimes et portuaires du pays, du groupe aéronaval et en premier lieu de la Force océanique stratégique (FOST)
 
Les récents conflits lybiens et maliens ont démontré que leur utilité s’exerce bien au delà des océans. Leur autonomie, leur moyens optroniques et de communication leur permettent d’assurer des missions de missions de surveillance, de renseignement, de détection de cibles et même de bombardement (cf opération SERVAL) au profit des forces terrestres.
 
La surveillance maritime sera dotée pour sa part, outre 4 ATL 2 non rénovés, de 8 Falcon 50, dont 4 équipés de chaine SAR. Les 5 GARDIAN ( Falcon 200) actuellement affectés Outre-mer seront retirés du service en 2015, frappés par une obsolescence avancée (32 ans). Le programme AVSIMAR destiné à les remplacer est repoussé aux calendes grecques.
 
Outre la raréfaction dangereuse des avions de patrouille et de surveillance maritime ce qui frappe, à la lecture de la LPM, est l’absence de gestion globale, c'est-à-dire interarmées et au-delà, interministérielle, de la problématique de la surveillance aérienne, considérée au sens large (reconnaissance, surveillance, identification et désignation….)
 
Chacun dans son coin, avec ses moyens. La MN avec ses ATL2 et ses FALCON, l’armée de l’air avec ses drones MALE US annoncés, l’armée de terre avec ses drones tactiques également annoncés (vraisemblablement des WATCHHKEPPER qui décollent d’une piste en dur ….) et ses 3 ISR de nature inconnue…et les services de la douane qui ont commandé 8 magnifiques Beechcraft King Air 350ER dotés d’un panel complet de capteurs et systèmes de missions (Ocean Master de Thalès, Star Safire III, SlAR Therma, AIS, liaison de données tactiques...).
 
A quand une organisation unifiée de ces moyens disparates ?
 
Au final, ces quelques exemples, qui pourraient être élargis, notamment aux moyens de lutte contre les mines, négligés, et aux navires de patrouille maritime complètement oubliés, alors que la lutte contre les trafics illicites est l’un des défis majeur à relever, donnent une image beaucoup moins réjouissante de la future MN que n’en donne la présentation trompeusement optimiste du projet de LPM.
 
Des corrections s’imposent, messieurs les députés et sénateurs.
Il conviendrait à minima, de
  1. maintenir en 2019, la mise en service du Duguay-Trouin, deuxième SNA de la classe BARRACUDA ;
  2. doubler le nombre d’ATL2 rénovés, soit 8 au lieu de 4 ;
  3. renouveler la flotte de patrouilleurs hauturiers (classe ADROIT amélioré), à raison de 12 unités, soit un bâtiment livré tous les 6 mois.
 
 
Pascal RAMOUNET