Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 3 mars 2018

Al kowat al bahreya al mamlaka al maghribeya : création d'une force sous-marine ?

© Inconnu. Un sous-marin russe d'un type Kilo non-identifié (projet 877 ? 636 ?) amarré à des quais de la ville autonome de Ceuta (territoire espagnol en Afrique du Nord), date non-précisée.
La Al kowat al bahreya  al mamlaka al maghribeya (القوات البحرية الملكية المغربية : la Marine Royale Marocaine) bénéficie d'une progressive montée en puissance jusqu'à la mise en place de ce qui peut apparaître comme un groupe de lutte Anti-Sous-Marine (ASM) plutôt cohérent et robuste. C'est pourquoi l'intention prêtée à la Marine Royale Marocaine de réfléchir à l'arrivée de sous-marins dans ses rangs est tout autant qu'un "game changer" qu'un facteur d'instabilité dans la région du détroit de Gibraltar tandis que la Chine monte (économiquement mais aussi militairement) en puissance dans le bassin occidental de la mer Méditerranée.

Créée en 1960, les premiers grands défis stratégiques de la Al kowat al bahreya al mamlaka al maghribeya touche aux prétentions marocaines sur le Sahara occidental jusqu'à la convention de Montego Bay, ratifiée en 1982 mais entrée en vigueur seulement en 1994 qui octroie 275 000 km² de Zones Economiques Exclusives (ZEE) au Maroc (sans le Sahara occidental). C'est dans cette perspective qu'il s'agit de lire l'acquisition des premiers patrouilleurs côtiers et capacités de débarquement. Ce mouvement atteint son apogée avec l'achat de deux frégates du Type Floréal - Mohammed V (2002 - ...) et Hassan II (2003 - ...) - alors en service dans la Marine nationale depuis le milieu des années 1990. Par ailleurs, la préparation du remplacement de ces deux frégates de surveillance dans les années 2020 donnera une indication quant aux ambitions navales du Maroc.
Une deuxième phase d'extension géostratégique des capacités militaires s'opère avec les achats consécutifs de :
  • trois corvettes de la famille SIGMA (Ship Integrated Geometrical Modularity Approach) - deux SIGMA 9813 - les Sultan Moulay Ismail (2012 - ...) et Allal ben Abdellah (2012 - ...)  et une SIGMA 10145 (conçue comme conducteur de flottilles) - le Tarik ben Ziyad (2011 - ...) - aux mêmes caractéristiques militaires - à la Hollande ;
  • d'une FREMM à la France : la frégate Mohammed VI
Ces quatre bateaux peuvent apparaître comme la réponse de Rabat à l'extension de la sous-marinade algérienne. Ils ont ceci de remarquable que la frégate ASM Mohammed VI possède un sonar remorqué dans sa suite ASM tandis que les trois corvettes SIGMA sont équipées, quant à elle, d'un sonar de coque Kingklip. La Marine Royale Marocaine bénéficie, peut être, d'une partie des avancées françaises en matière de lutte ASM multi-statique. 

En effet, les enjeux marocains sur le plan naval sont de deux ordres : d'un côté, il y a un différent frontalier quant aux territoires espagnols sur la côte Nord de l'Afrique pour lequel Madrid et Rabat en viennent, parfois, à des démonstrations militaires pour marquer une prétention ou la souveraineté de l'autre. Mais il y a aussi la rivalité régionale entre le Maroc et l'Algérie dont l'une des principales pierres d'achoppement est la question du Sahara occidental qui a été notablement soutenu par Alger. La marine algérienne est montée de seulement deux sous-marins à un format de six unités tandis que les deux premières étaient modernisées. La disymétrie entre les deux marines s'en trouve grandement expliquée. Et la même remarque vaut partiellement pour l'Espagne, réduite à trois sous-marins. 

La question sous-marine au Maroc mérite, donc, d'être posée eu égard aux enjeux régionaux. D'autant plus que Madrid a accordé - et accorde peut être toujours - un droit d'escale aux bâtiments de la VMF (Voïenno-Morskoï Flot) à Ceuta et Melila. Des sous-marins russes avaient pu y être photographiés. Mais jusque là, Rabat ne semble pas avoir étudié, tout du moins, fait connaître publiquement son intention de s'équiper d'une force sous-marine. 

C'était vrai jusqu'au début des années 2010. Depuis 2012 jusqu'en 2017, des articles de presse et de sites spécialisés, tout particulièrement russes et nord-africains, font état d'une proposition russe pour la vente de plusieurs sous-marins Amur-1650 (projet 677E). L'affaire est assez peu médiatisée et implique de considérer qu'elle ait pu être grossie de manière exagérée - les propositions commerciales sont monnaies courantes. Néanmoins, il est à relever que, outre l'argument que cela permettrait de renforcer le royaume chérifien dans la maîtrise de ses espaces sous-marins face à une sous-marinade algérienne en pleine expansion, il aurait été question d'un appui financier saoudien à l'opération. Ryad aurait ainsi souhaité rendre coup sur coup au soutien algérien à la création d'une enquête internationale au sujet du conflit opposant la rébellion des Houthis à la coalition arabe emmenée par l'Arabie Saoudite. Cette proposition, quel qu'en soit sa force et sa crédibilité, semble s'être éteinte avec l'échec des projet 677E (l'Amur est la version proposée à l'exportation du Lada) prononcée en 2016 puisque l'industrie russe n'a pas encore été en mesure d'aboutir à un dispositif AIP opérationnel. Moscou aurait embrayée sur une nouvelle offre quant aux futurs Kalina.

A l'arrière-plan, plusieurs choses n'ont pas été considérées de manière surprenante. Le Maroc, avec la mise en œuvre d'une telle capacité opérationnelle se serait octroyé bien plus qu'une restauration de la parité avec l'Algérie. Cette dernière a six sous-marins modernes et un avantage stratégique non-négligeable sur les trois sous-marins espagnols qui sont en bout de course. Si Alger n'a pas de grands différents politico-stratégiques avec Madrid, il en va tout autrement entre Rabat et Madrid. C'est pourquoi l'acquisition de sous-marins modernes, potentiellement avec l'admission au service actif des unités du programme S-80 (2022 - 2027), induirait une nouvelle rupture dans la relation Maroc-Espagne. 
  
Rabat mettait en service un premier satellite d'observation optique (novembre 2017) tandis que l'Espagne n'a accès au renseignement spatial que par des accords diplomatiques avec d'autres Etats possesseurs. Un fait à mettre en liaison avec l'éventuelle acquisition d'un lot de missiles de croisière. L'introduction dans les forces armées marocaines de missiles à changement de milieu (missile anti-navire pouvant frapper des cibles côtière, voire missile de croisière) conférerait une capacité stratégique inédite au Maroc. Le royaume s'octroierait une profondeur stratégique nouvelle face à ces deux rivaux et contournerait certains de leurs avantages opérationnels, notamment aériens.

Aussi, la proposition ou le démarchage commercial russe est relativement surprenant dans la mesure où un axiome veut que dans le cadre d'une rivalité régionale les deux États ne se fournissent pas au près du même Etat tiers. Règle assez peu vérifiée puisque la pratique voit cette situation se répétée dans toutes les régions du monde. Par contre, les Etats-clients cherchent à ne pas posséder le même modèle d'armement. L'Algérie possède deux Kilo du projet 877 EKM et quatre autres du projet 636. Avec plusieurs unités du projet 677E, la chose se serait vérifiée. Mais il serait dit que les industriels russes seraient en perte de vitesse en Algérie au profit, notamment, des industriels allemands, et dans une moindre mesure italiens. C'est à se demander si Rabat essaie d'accélérer cette rupture ou indisposition temporaire. 

Par ailleurs, et de manière beaucoup plus discrète, certains avancent, sans qu'il ne soit possible de recouper l'information, que la Chine aurait pu, elle aussi, faire une proposition commerciale de vente de sous-marins à Rabat sur la base du S-20, version commerciale du Type 041 Yuan. La confirmation d'une telle assertion vérifierait la clientélisation des Etats bénéficiant de lourds investissements chinois dans les projets liés à OBOR (One Belt, One Road ou les Nouvelles Routes de la Soie) afin de sécuriser les zones traversées, à la manière de la Thaïlande, de la Birmanie et de Djibouti. La Chine investit lourdement à Tanger (Maroc) tandis qu'une nouvelle base navale marocaine est en construction à proximité immédiate de ce port marchand.

Par contre, une proposition d'autres constructeurs que les chantiers russes ne semble pas - encore ? - avoir été considérée au Maroc alors que la Marine Royale Marocaine a pu se fournir en France, en Italie et en Espagne. Aussi, l'achat de sous-marins d'occasion pourrait apparaître comme une mesure transitoire afin d'acquérir une première capacité opérationnelle. Outre une entrée en matière à un coût maîtrisé, cela permettrait d'attendre l'arrivée sur le marché de nouvelles unités bénéficiant d'un différentiel technologique bien plus important d'avec les actuels ou futurs sous-marins espagnols et algériens.

L'éventuelle création d'une sous-marinade marocaine risque fortement d'amener une perturbation de l'équation stratégique dans le triangle Maroc-Espagne-Algérie, susceptible même d'impulser une rectification des plans navals de chacun des Etats riverains afin de trouver un nouvel équilibre. Il est étonnant, et cela donne peut être un moyen de considérer tout cela, que des constructeurs de sous-marins en manque de plan de charge n'ait pas approché le Maroc qui n'aurait considéré que la seule proposition russe. Est-ce à dire qu'une éventuelle promesse saoudienne de financement aurait été le catalyseur de tout le projet ? Si oui, cela donnerait matière à s'intéresser à d'éventuelles propositions chinoises en ce sens.

1 commentaire:

  1. Bonsoir.
    Etonnant ! cette escale de navires russes...
    "Lorsque Annaba était une base de sous-marins nucléaires soviétiques"
    https://www.menadefense.net/2018/02/24/4269/
    https://youtu.be/_VJITAcCVC0

    Cela est évoqué sur d'autres blogs des 2013, classe lada amur 1650: "Armement: Vers une lune de miel Russo-Marocaine?"
    https://www.menadefense.net/2013/07/14/armement-vers-une-lune-de-miel-russo-marocaine/

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