Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





dimanche 12 mars 2017

La seule Marine nationale

© Inconnu.
La conclusion logique de cette chronique sur la hiérarchie des marines de guerre européennes dans le concert mondial des flottes militaires était de souligner la première place manquée de la Marine nationale (2008 - 2016) en Europe et, presque surtout, l'absence d'alliances européennes qui auraient pu permettre une "plus grande Marine nationale". Et ce, contrairement à la Royal Navy qui augmente ainsi son potentiel et, peut-être au principal, son influence navale sur la stratégie des moyens d'autres marines européennes. Chose d'autant plus surprenante que la France se retrouve sans porte-avions disponible ni groupe naval apte à fournir un erstaz de groupe aéronaval.

La Marine nationale venait de 338 000 tonnes (1990) à 281 000 tonnes pour l'année 2016 (données Flottes de combat). Redisons-le une fois de plus : le seul critère du tonnage est obsolète. Hervé Coutau-Bégarie le montrait bien en s'appuyant, d'une part, sur l'exemple du croiseur porte-hélicoptères Moskva (1967 - 1991) victime d'un incendie sur sa propulsion en 1975 donc indisponible de facto, ce que ne reflétait pas les annuaires des navires de combat (Flottes de Combat, Jane's fighting ships). D'autre part, une flotte n'a de valeur que par son apport à la puissance d'un État (selon définition aronienne : la capacité à influencer une autre unité politique), c'est pourquoi Coutau-Bégarie proposait une typologie des flottes militaires à six rang en se focalisant sur les capacités hauturières ou côtières des flottes et donc leur influence géostratégique par la réalité de leurs opérations.

Toutefois, ne serions-nous pas tombé dans quelques excès en France ? Il ne serait pas inintéressant de retrouver la trace de l'expression "boîte à outils" qui transpire dans les échanges avec le Parlement, c'est-à-dire les discussions entre politiques et militaires les plus accessibles. Oui, à l'évidence, la Marine nationale repose sur un format bien plus resserré que la Royal Navy mais gagne en contrepartie une cohérence opérationnelle terriblement plus forte. Dis autrement, la liaison des armes sur mer (Castex) est bien plus assurée en France qu'au Royaume-Uni car les outils sont bien plus nombreux et permettent, non pas une maîtrise de la mer au sens mahanien du terme, mais bien un sea control corbettien à l'intersection de tous les milieux (sous, sur et au-dessus de la surface, sans oublier l'espace électromagnétique et le cyberespace, voire le temps).

Cependant, la Royal Navy sait compenser ses propres carences par le jeu des alliances (OTAN, JEF (Joint Expeditionary Force) et CJEF (Combined Joint Expeditionary Force) lui permettant de retrouver ponctuellement les outils perdus (groupe aéronaval par aéronefs à voilure fixe, aviation de patrouille maritime voire, et probablement, des sous-marins d'attaque en nombre). La Marine nationale a fait des choix très salutaires et peut, dans une certaine mesure, se satisfaire à elle-même. Sur le plan géostratégique, des forces ont été échangés contre du temps, et de la cohérence opérationnelle.

Ce qui peut apparaître comme problématique est que la Flotte si elle s'inscrit dans l'action diplomatique de "la seule France" avec presque des accents gaulliens, elle ne semble pas entretenir une capacité d'entraînement sur l'Europe. L'Armée de Terre n'est pas en reste dans cette perspective. Par contre, l'Armée de l'Air est bien plus insérée dans des schémas européens qui lui permettent de compenser quelques insuffisances de son schéma ou ils permettent à l'ensemble des forces aériennes européennes d'optimiser, ensemble, leurs outils. Pensons autant à l'EATC (European Air Transport Command) qui optimise la ressource en avions de transport tactique, voire en avions de ravitaillement et peut-être en avions de transport stratégique demain. En matière de police du ciel les quelques rapprochements esquissés, par exemple au Bénélux ne manqueront pas de rencontrer dans un avenir plus ou moins proche selon le volontarisme politique la politique européenne "ciel unique". 

En mer, que se passe-t-il ou, formulé autrement, comment la Flotte sert-elle les desseins de l'Europe de la Défense, du retour dans le commandement intégré de l'OTAN ou la Défense de l'Europe ? 

La Force Navale Franco-Allemande (FNFA) est très intermittente et sa souplesse est telle qu'elle est peu, voire pas du tout employée. Cette force de réaction rapide créée en 1991 démontre peut-être la nécessité de coupler les capacités d'intervention (brigade franco-allemande, GT 1500, etc) entre pays... interventionnistes et de créer des structures opérationnelles plutôt dédiées à l'entraînement, par exemple en matière de combat de haute intensité, et la sûreté territoriale avec des pays qui ne voient pas un autre rôle à leurs forces armées. Et dans cette perspective, il n'y a pas l'équivalent d'un EATC pour les pétroliers-ravitailleurs, ressource si stratégique. L'opération Atalante ne démontrait-elle pas cette nécessité ?

Les outils, revenons-en à nouveau, n'ont pas la moindre capacité d'entraînement. Par exemple, la dissuasion océanique n'est pas perçue comme un objet d'importance stratégique en Europe. Les Polonais n'ont-ils pas dit que nous ne pouvions pas bâtir une dissuasion européenne à partir de la dissuasion française élargie à l'Europe avec seulement quatre SNLE, voire huit avec le Royaume-Uni ? C'est une exagération reprise ici en boutade, certes, mais est-ce que les marines nord-européennes souhaitent défendre une sorte de bastion ou deux plus petits bastions afin de montrer l'importance des dispositifs nucléaires franco-anglais ? Non. Et les gesticulations d'un Donald Trump font apparaître une renaissance de la question nucléaire française en Europe - tout comme le Rafale fait sa réapparition outre-Manche quand le F-35 déçoit - concernant... la composante aéroportée de la dissuasion car elle se partage sous diverses modalités. Le chemin n'est pas fait pour la composante océanique.

Et le groupe aéronaval ? Il serait bien exagéré d'évoquer une réussite européenne car sa plus grande réussite est américaine puisque le GAn est devenu le dixième Carrier Strike Group (CSG), capable de prendre la suite d'un CSG de l'US Navy. Belle prouesse stratégique car elle demeure mondiale. La France est passée de la seule marine en dehors de la marine américaine à posséder et à savoir mettre en œuvre un porte-avions CATOBAR à propulsion atomique à la seule marine en dehors de la marine américaine à pouvoir mettre en œuvre un CSG et s'insérer dans le cycle opérationnel américain. Cet état de fait risque de perdurer jusqu'en 2025, voire 2030 puisque le CSG britannique mettra bien du temps à monter en puissance et demeure bien bigarré avec les choix réalisés (STOVL).

L'influence aéronavale française en Europe existe mais est bien inconsistante. Oui, depuis le début des années 1990 et tous les conflits ayant vu une coalition par la suite, les porte-avions français ont régulièrement étaient accompagnés par des frégates européennes. Pour quel(s) résultat(s) ? La communication institutionnelle, se cantonnant à rapporter des faits, peine à produire un storytelling adapté à l'enjeu. Du côté des normes aéronavales, s'il arrive que des frégates espagnoles, comme par exemple les F100, viennent s'entraîner à Toulon afin d'acquérir l'aptitude à être la frégate de défense aérienne du groupe aéronaval, cela ne produit pas une norme aéronavale européenne ou minilatérale. Ce n'est pas une action structurée et permanente avec le GAn en figure de proue des aptitudes opérationnelles à acquérir.   

Pourtant, l'Atlantique Nord se prête extrêmement bien à une initiative européenne et/ou otanienne afin de structurer l'ensemble des efforts dans la lutte aéro-sous-marine face à la vigoureuse diplomatie sous-marine russe. Tout comme la concentration de la flotte française en Méditerranée ne s'accompagne ni d'une Joint Expeditionary Force alors que les marines latines (Portugal, Espagne, France et Italie) se partagent un porte-avions, trois porte-aéronefs, trois porte-hélicoptères d'assaut amphibie et cinq Transports de Chalands de Débarquement. Il n'y a pas non plus de structure aéronavale dédiée rien qu'à l'entraînement. 

Pour finir sur la question du tonnage, la Royal Navy bénéficie toujours du Two-Powers Standard (407 000 tonnes contre 281 000 à la France et 124 000 à l'Italie) tandis que la France bénéficie elle d'un Three-Powers Standard (281 000 contre 124 000 à l'Italie et 60 000 à l'Allemagne). Sans l'angle mort européen de notre diplomatie navale et une meilleure structuration de notre effort aéronaval et aéroamphibie dans le bassin occidental de la Méditerranée, nous pourrions réduire la distance avec "la plus grande Royal Navy" (806 000 tonnes). Une liaison avec les marines du Portugal, de l'Espagne et d'Italie (234 000 tonnes) autour d'une plus grande Marine nationale (515 000 tonnes) rééquilibrerait l'Europe naval. C'est-à-dire soit autant que la Royal Navy avec le seul JEF (525 000 tonnes). Dans cette optique, le CJEF (688 000 tonnes) est le pivot naval entre les Nord et Sud de l'Europe naval.
 
C'est pourquoi la Marine nationale, connaissant pourtant la disponibilité stratégique du porte-avions Charles de Gaulle (2001 - 2041), n'a voulu, pu imposer la constitution d'un groupe aéroamphibie qui constituerait presque une alternative au CJEF - dans le bassin occidental de la Méditerranée et dépend en cela du seul Royaume-Uni quand ce dernier a le choix entre deux coalitions. Le groupe amphibie français ne bénéficie pas non plus de développements nationaux afin d'en faire un outil autonome et complémentaire au GAn ni capable d'aider à l'influence française en Europe. Mêmes remarques sur l'absence de coopérations autour de la dissuasion océanique.

Si bien que, est-ce que la Marine nationale, avec ses 281 000 tonnes de navires de combat centrées sur la liaison des armes en mer et la seule diplomatie navale française, est elle-même employée comme un outil d'influence en Europe ? Il y a peut-être là un angle mort dans notre diplomatie navale.

2 commentaires:

  1. Bonjour

    Le monde étant plus grand que l’Europe, une alliance avec d'autre pays n'est elle pas possible.
    il me semble qu'une opportunité s'ouvre en nouvelle Zélande, Australie on commence à coopérer pour la pêche illégale je crois. Et ne pas négligé le Japon.

    Vicomte de va-t-à l'eau

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  2. Bonjour,

    Il y a peut-être plus matière à parier sur la reconstitution d'une British Pacific Fleet.

    Bien cordialement,

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