Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





lundi 7 octobre 2013

Décret du 29 février 1972 fixant la composition des forces navales françaises

© Inconnu. Le porte-avions Foch menant l'escadre.
Les plans navals sont assez peu nombreux dans l'histoire de la Marine nationale au cours du XXe siècle. Celui consacrait par le décret du 29 février 1972 a la particularité d'être le plus discret de tous. Il est assez difficile de comprendre pourquoi alors que c'est justement ce "Plan bleu" qui transpose dans les textes la Flotte dont la pointe de diamant sera la dissuasion océanique. Rien ne semble expliquer non plus pourquoi l'année 1973 a plus marqué ce plan que celle de 1972 quand est édicté le décret. 



Avant de poursuivre, il convient de relever que la date de 1972 n'est pas innocente puisque ce plan doit certainement être la transposition des orientations prises par le livre blanc de 1972. N'ayant toujours pas eu le plaisir de trouver ce livre blanc (ce n'est pas faute de (mal ?) chercher), il ne sera pas question de s'aventurer sur ce qu'il a pu dire.
 
Heureusement que le décret comportait la composition projetée de la Flotte. Il est si rare de trouver des critiques de ces forces navales alors en cours de constitution. C'est pourquoi il est agréable de trouver dans le numéro 298 (novembre 1974) de la Nouvelle Revue maritime une présentation de ce statut naval par le contre-amiral Kervella (2S).
 
Ce qui retient l'attention ce n'est pas tant la retranscription de ce que dit le décret, mais ce que l'amiral Kervella relève en 1974 au commencement d'exécution de ce plan. Voici donc ce que le décret consacre comme format arrêté par le politique à travers le chef des armées et le ministre de la défense, alors ministre d'Etat :
 
 
Article Annexe
 
1 - La composante navale de la force nucléaire stratégique sera au minimum portée et maintenue au niveau de cinq sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.
 
2 - Le volume de la flotte sous-marine sera maintenu à une vingtaine de sous-marins d'attaque à propulsion classique ou nucléaire.
 
3 - La marine de surface sera constituée de deux porte-avions et de deux porte-hélicoptères, d'une trentaine de corvettes ou frégates, de trente-cinq avisos environ et d'une trentaine de patrouilleurs et vedettes. Elle disposera du soutien logistique mobile nécessaire.
 
4 - Le parc d'avions embarqués sera renouvelé de façon à maintenir à un porte-avions disponible une capacité d'intervention et de rétorsion.
5 - La capacité anti-mines sera maintenue au niveau nécessaire pour assurer le libre usage des ports de guerre et des ports marchands.
Par le Président de la République :
GEORGES POMPIDOU.
Le Premier ministre, JACQUES CHABAN-DELMAS.
Le ministre d'Etat chargé de la défense nationale, MICHEL DEBRE.
 
 
L'une des premières choses qui peut frapper c'est finalement le caractère assez vague de certaines dispositions. La logistique semble presque oubliée puisque la Marine a carte blanche pour proposer les futurs navires. Mais en quoi ce plan est-il engageant si aucun navire logistique n'est nommé ?
La même remarque est à faire pour les sous-marins d'attaque : une vingtaine qui seront à propulsion classique "ou" nucléaire. Est-ce à dire qu'un choix sera effectué entre les deux propulsions et que l'une se substituera à l'autre ? L'amiral Kervella nous dit que les 4 sous-marins à hautes performances de classe Agosta doivent permettre de faire la soudure avec "une série de la classe SN 72 de 2.500 t. à propulsion nucléaire". C'est à se demander si 16 SNA étaient espérés à terme en remplacement des sous-marins classiques des classes précédentes et/ou une nouvelle classe de SNA. Une quizaine d'années plutôt, quand les frégates lance-engins étaient lancées, il était bien question d'un croiseur à propulsion nucléaire.
 
Pourquoi être aller au-delà du plan, justement, en matière de SNLE ? Il est si rare de critiquer que l'on puisse aller outre les demandes d'un plan naval. Mais cela mérite d'être relevé. La construction du sixième SNLE a très certainement obéré d'autres constructions. Les dates de construction des SNLE de la classe Le Redoutable laissent apparaître que de la première à la quatrième unité il s'écoule en moyenne deux années. La cinquième unités est en service quatre années après la quatrième et l'Inflexible, sixième unité, n'entre en service que cinq années plus tard que son prédécesseur. Il y a de quoi s'interroger sur ces deux unités décalées par rapport aux quatres autres.
Pourquoi six SNLE à une époque où la dissuasion est une triade ? C'est une question finalement assez dérangeante car pourquoi a-t-on renforcé une composante et pas les autres ?
 
Il est ensuite possible de lire qu'en 1974 il était dit que le PH 75 serait mis en chantier lors de l'année 1975 (que le nom était bien trouvé).
 
Tout comme l'amiral Kervella relève qu'en plus des corvettes C 70 Georges Leygues, Moncalm et Dupleix "dix-sept autres corvettes de ce type, dont six à mission principale anti-aérienne, doivent être mises en chantier par la suite, la première C 70 AA en 1976". Il était donc espéré 20 "corvettes C 70" dont 12 en version ASM et 6 à dominante AA. Ce n'était que le deuxième grand programme de frégates après celui des 24 F67 (en attendant les 17 FREMM).
 
La question des 35 avisos est particulièrement intéressante. Le tableau II présenté par l'amiral propose ainsi une comparaison des grandes caractéristiques des escorteurs rapides E 50 et des avisos A 69.
Coutau-Bégarie dans le café stratégique numéro 3 rappelait que dans le domaine naval une des constantes historiques est la dérive croissante des tonnages des unités navales. Ce tableaune propose rien de moins que de constater que les successeurs les avisos déplaceront 1250 tonnes quand les escorteurs déplaçaient 1700 tonnes.
Autre chose, c'est l'abaissement des performances demandées :la vitesse de pointe est abaissée de 27 à 24 noeuds et la machine suit avec une baisse de 20 à 12 000 CV. Le même abaissement s'observe avec les C 70 ASM.

Est-ce à dire que la course à la vitesse observait depuis l'apparition de la vapeur, qui a culminé avec les cuirassés rapides, s'est progressivement arrêtée depuis la fin de la seconde guerre mondiale, hors poussière navale ?
 
Par contre, l'amiral Kervella précise que les A 69 disposeront d'une plate-forme permettant l'appontage d'un héicoptère. Disposition intéressante qui n'aurait semble-t-il pas survécu, à moins que l'auteur ait raté une caractéristique fondamentale des A 69. C'est un choix à relever dans la mesure où l'aviso de lutte ASM côtière n'était pas conçu pour opérer loin du littoral ou d'une frégate ASM.
Finalement, les avisos ne seront pas 35 mais 17. L'industrialisation des navires sera loin d'être satisfaisante du point de vue de l'effet de série.
 
Que dire des 28 PATrouilleurs RApides (PATRA) de 150 tonnes dont 30 unités étaient voulues ? La Marine nationale semble abandonner dès les années 70 l'idée de défendre les côtes françaises par des navires aussi légers. Il est à noter que le faible tonnage des P400 (plus de 400 tonnes) ne conviendra pas non plus aux opérations hauturuères. Les grands vaisseaux (comprendre frégates) ont été privilégiés dans les choix.
 
Pourquoi exhumer un tel document alors que les préoccupations semblent ailleurs ? Cela peut être intéressant pour plusieurs raisons :
  • comprendre de quel horizon vient la Flotte dont nous héritons,
  • comprendre pourquoi nous avons des si petites séries de frégates,
  • constatait que, outre les avisos, nous étions déjà dans une tendance de macrocéphalisation de la Flotte avec des unités plus grandes,
  • constater qu'un plan naval n'est pas très contraignant,
  • que l'on construisait les navires avec, semble-t-il, une certaine liberté : aucun contrat ne semble exiger un volume minimal de tonnes à construire par type de navire.
  • Enfin, nous osions abandonner un programme quand les premières unités ne donnaient pas entière satisfaction : le ferions-nous aujourd'hui de refuser un navire ne répondant pas aux besoins exprimées par la Marine ?
 
Tout cela tranche bien avec la construction actuelle de la Flotte qui doit atteindre non plus un plan naval mais un "format" : le changement de vocabulaire était-il nécessaire ?

Nous continuons avec les FREMM de vouloir de grands programmes de frégates taillés pour l'effet de série et l'homogénéité de la flotte de surface. Ce qui force à constater que nous perdons en "liberté" pour décider du nombre d'unités par les contrats qui régissent ces programmes. Nous gagnons en contraintes pour tenter de fixer un volume minimum de navires à produire. Bien que nous ayons contractualisé nos grands programmes, nous n'avons pas réussi à sanctuariser le respect des lois industrielles lors du lancement des programmes. La manoeuvre financière reste un échec à ce sujet et cet échec est responsable de grandes séries avortées de navires.

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